Collaboration de Masmoudi Mounaim


L’Education Physique et le Sport Scolaire
Enjeux et réalité
 
Entretien avec Mr Lahcen OUBAHAMMOU
 Directeur de la Promotion du Sport scolaire
au Ministère de l’Education Nationale


 

Par Masmoudi Abdel Mounaim
Taib BENNANI
  Agrégés d’EPS
 
 Né en 1953 à El Kssiba (Béni Mellal)
-Directeur de la promotion du sport scolaire au MEN depuis 2003
-Directeur de l’ENSEPS de Casablanca 2000-03
-Directeur du centre d’étude et d’évaluation du sport solaire en 1998-00
-Doctorat en STAPS (PH.D) à l’Université Laval du Québec en 1993
-Doctorat de 3èmecycle (Master) en anthropologie des sports et des jeux en 1987
-Licence en droit (sciences politiques) en 1979
-Professorat du 1er cycle en EPS au CPR en 1973
-Professorat du 2ème  cycle e EPS au cycle spécial en 1981
-Bachelier en 1971

PREFACE :

 
 

L’EP et le sport national traversent un tournant décisif dans l’histoire de notre pays. Nul ne peut récuser que l’enseignement de l’EP et entrain de perdre du terrain au sein de l’école. Nul ne peut aussi récuser que le sport Marocain réalise plus de pas en arrière qu’en avant. Pire encore, quand l’EP affiche sa volonté de se mettre en phase avec les mutations d’une école marocaine moderne, en se dotant d’encadrement, de matériel, d’infrastructures et de porte feuille plus importants (cotisations des élèves), le sport se voit entrain d’afficher un visage médiocre sur la scène mondiale. Le cumul des déceptions ne cesse d’augmenter. Les malaises sont beaucoup plus prégnants qu’on ne l’imagine. Multiples sont les raisons. Quelles sont elles et dans quel registre peut on les classer ?

Qui tient les manettes de l’EP et du sport scolaire au Maroc ? Quelle est la mission de la direction centrale de la promotion et du développement du sport scolaire au Maroc ?

L’entretien que nous réalisons avec Mr LAHCEN OUBAHEMMOU nous permettra non seulement d’apporter un éclairage sur l’état des lieux de l’EP et du sport scolaire au Maroc,  mai aussi  d’exposer le témoignage vivant d’un acteur important de la scène de l’éducation physique et  du sport national. 

 

Q1 : Quels sont les dossiers sur lesquels votre direction se penche maintenant ?

Deux dossiers prioritaires : l’éducation physique au primaire et la formation. Nous voulons faire de l’EPS au primaire notre cheval de bataille dans les années à venir. Comme vous le savez, la généralisation des pratiques physiques à l’école primaire rencontre beaucoup de contraintes dont principalement le manque d’infrastructures de base et le manque de formation des enseignants de classe dans ce domaine. Un autre chantier est celui de la formation. La direction a mis en place un programme de formation continue dans certaines disciplines sportives comme la gymnastique, les sports collectifs et l’athlétisme. La conception des documents par nos professionnels a duré presque trois ans de travail. Au cours de l’année 2005-2006, ces documents feront l’objet d’implantation et d’évaluation dans le milieu scolaire. Nous avons aussi d’autres projets de formation des formateurs dans la planification des projets par l’outil informatique le micro soft  Project, dans 1- l’entraînement à la prise de décision au profit des entraîneurs, par des experts canadiens de l’institut national de la psychologie du sport de Montréal, 2- le secourisme et les premiers soins ave le croissant rouge Marocain, 3- dans la gestion financière aux profits des trésoriers des associations sportives scolaires. Nous allons aussi, en collaboration avec des chercheurs en APS, mettre en place un dispositif méthodologique pour inventorier les jeux traditionnels à fin de sauver cette culture ludique nationale de la disparition, et l’insérer dans les programmes locaux et régionaux.

 

Q2 : Pourriez vous montrer ce qui a été réalisé dans le sens de la promotion du sport scolaire depuis que vous êtes à la tête de cette direction ?

Comme vous le savez, il y a deux ans que j’étais nommé à la tête de cette direction. Parler de réalisations importantes dans le domaine du sport scolaire serait prétentieux de ma part. Tout ce que j’ai pu réaliser avec le concours de mes collaborateurs, c’est tenter de faire sortir la direction de « la cage de skinner » pour envisager l’avenir du sport scolaire autrement. Nous voulons rompre avec la planification à court terme qui consiste à reproduire chaque année les mêmes actions de la saison écoulée, en adoptant une planification stratégique. Nus avons élaboré un plan stratégique que nous avons présenté aux acteurs éducatifs dans toutes les académies régionales d’éducation et de formation (AREF) pour information et validation. Nus avons en même temps mené une étude diagnostique en EPS dans ces AREF pour dégager les forces et les faiblesses, ainsi que les menaces et les opportunités de développement de l’EPS dans ces régions.

 

Q3 : Avez-vous une idée sur les premiers résultats de cette enquête nationale ?

Au mois de novembre 2005, un congrès  national sur l’EP et le sport scolaire au Maroc sera organisé. Nous profiterons de cette occasion pour donner les résultats de cette enquête. Ce qui émerge, quatre axes de travail prioritaires : l’implantation de l’EP au primaire, la formation continue des enseignants de l’EPS, les associations sportives scolaires et finalement les infrastructures et équipements. Des commissions d’enquêtes ont été regroupées pour la collecte des données. La procédure du Brain Storming a été préconisée. L’objet d’investigation fut l état de l’EP dans les établissements, ses points forts et ses difficultés. Une banque de donnée qualitative sur les thèmes  émergeants a été construite. Le référentiel d’analyse des données qualitatives utilisé  est le processus de résolution des problèmes, qui part de l’identification du problème jusqu’à la planification de l’action. Nous avons aussi utilisé ce qu’on appelle, les outils de la deuxième génération, les diagrammes d’analyse des données des problèmes complexes. Des animateurs ont été formés dans la méthodologie de traitement des informations. Maintenant, nous sommes dans la phase finale de rédaction des résultats.

Q4 : Quand vous interrogez un instituteur sur les raisons de dysfonctionnement de l’EP au primaire, y a t il  une corrélation entre ses propos et la banque de données qualitatives ?

Nous sommes au début de notre démarche. Nous voulons une implication des acteurs dans le processus. Par le passé, les circulaires faisaient office d’information et les directives sont dictées par l’administration centrale, les acteurs sont considérés comme de simples exécutants. La nouvelle stratégie consiste à partir du terrain. "Il n’existe rien dans les pratiques" est une expression qui serait inappropriée. Nous avons des rapports qui attestent du contraire. En revanche, la situation est en deçà de nos espérances.

Q5 : Est-ce que l’administration centrale possède toutes les ficelles du changement espéré, ou bien pensez vous que la réussite dépendra de l’implication d’autres secteurs d’intervention ?

Les facteurs sont nombreux. Parmi ceux qui sont déterminants, la volonté politique. Au niveau de l’administration centrale, les décideurs veulent développer l’EPS. Mais la volonté à elle seule est insuffisante. Il faudrait l’implication des acteurs à tous les niveaux : de la responsabilité, de la sensibilisation aux enjeux de la discipline EPS, de la valorisation des intervenants, le développement d’un réseau permanent de communication avec ces acteurs. Cela demande, du travail, du temps et des compétences

Q6 : Les communes urbaines (CU) sont mandatées à prévoir l’extension, la création et l’entretien des espaces sportifs dans le milieu scolaire et extra scolaire, est ce que le MEN est prêt à transférer les fonds nécessaires aux CU ?

C’est là le barbelais de l’histoire. Il n’y a pas de véritable dialogue avec les communes urbaines. Je vous donnerai quelques chiffres qui vont élucider la problématique. Le budget du MEN avoisine les 25% du budget National. 80% est consommé par le personnel, 16% par le fonctionnement et les 04% qui reste est consacré à  l’investissement. Ce qui est très insuffisant. Par conséquent le MEN est incapable, à lui seul, de s’investir dans la création des espaces sportifs scolaires. Et comme il y a une classification des urgences et des priorités, l’EPS et ses infrastructures viennent en dernier, on a besoin de locaux, de classes et de laboratoires d’étude pour soulager la densité des classes. Le concours des Communes et de la société civile est incontournable. Malheureusement, il n y pas de vision partagée entre les différents secteurs. Le partenariat tarde à venir. Je parle d’un partenariat stratégique et non conjoncturel.

Q7 : Qu’en est il du partenariat signé avec le ministère de l’intérieur ?Et Qu’est ce que l’école peut offrir en échange aux communes urbaines ?

Ce sont des textes qui n’aboutissent pas à une véritable dynamique. La culture du partenariat à intérêt commun n’est pas chose aisée et claire dans les esprits et les représentations des acteurs. Il y a une grande dominance de la logique donnant – perdant.

Quant à votre 2eme question, il faut savoir que l’ouverture des établissements hors temps scolaire offre des possibilités considérables, comme le fait de permettre aux jeunes d’exercer une pratique sportive dans un espace approprié. Seulement, il est important d’avoir un cadre de fonctionnement organisationnel qui permettra de respecter l’intégrité des locaux et des infrastructures.

Q8 : Quelle stratégie avez-vous choisi pour promouvoir le sport scolaire ?

Avant de parler de stratégie, j’aimerais d’abord dire que nous ne disposons pas de système d’information stratégique, je veux dire par là des banques de données factuelles sur le milieu scolaire. Il n’est donc pas raisonnable de développer une stratégie, qui ne peut être, dans tous les cas qu’une stratégie déductive « top down » en l’absence de donnée du terrain. La recherche d’information stratégique est donc une obligation majeure avant de développer une stratégie de promotion du sport scolaire. Nous avons donc commencer par mettre en place, un plan de développement, soi disant, un plan stratégique présenté aux 16 AREF, et nous avons procédé à une analyse stratégique pour identifier les forces et les faiblesses de l’EPS aux niveaux des établissements scolaires, mais aussi les menaces et les opportunités qu’offre l’environnement externe. L’objectif de ce travail de proximité est de recueillir des données sur l’EPS, mais aussi de mettre à la disposition des acteurs un outil méthodologique leur permettant de développer leurs plans stratégiques régionaux. Nous voulons leur donner « des cannes à pêche et non des poissons » pour qu’ils puissent se prendre en main surtout que la stratégie du MEN dans les années à venir, est d’encourager les AREF  à aller dans le sens de la décentralisation. Notre stratégie donc, consiste à mettre à la disposition des acteurs du terrain, une « boite à outil » méthodologique, pour qu’ils puissent développer leur système d’informations et développer des stratégies de promotion du sport scolaire et de l’EP dans les établissements scolaires.

Q9: On a souvent parlé des fonds de la fédération Marocaine du sport scolaire, est ce que celle-ci est, par exemple, capable de construire une salle couverte toutes les deux années dans l’une des AREF ?

Non, malheureusement elle ne le peut pas. Certaines personnes font une correspondance entre les 06 millions d’élèves scolarisés au niveau national et la recette des cotisations pour la caisse de l’association sportive. A raison de 10 à 20 dh chacun cela représente effectivement une coquette somme. Or il s’avère d’après nos statistiques que seule 20.3% payent la cotisation. A titre d’exemple, dans la région de Marrakech, à l’école primaire, 19932 élèves ont payé la cotisation pour un effectif de 410529 élèves (4.5%). Au collège 74170 ont payé la cotisation pour un total de 89201 élève (83.15%). Et au lycée pour un total de 50217 élèves, 49623 ont réglé la cotisation (98.81%). Le total général étant 26.13%. Certes, c’est au niveau du primaire où le taux de participation est très faible. Par conséquent la fédération ne peut pas s’investir dans la construction des complexes sportifs. Les fonds nous aident uniquement à améliorer le fonctionnement. Nos projets restent tributaires du concours de la société civile et de la recherche de nouveaux partenaires.

Q10 : Etes vous autonome dans la gestion de votre budget ?

En toute évidence, nous avons l’autonomie de gestion du budget, nos fonds servent à l’organisation des compétitions sportives scolaires et à la formation continue. Heureusement pour la direction, s’il n y avait pas de fédération depuis 1996, on ne pouvait même pas parler de direction du sport scolaire.

 Q11 : Les ASS ne sont plus pauvres comme avant, et pourtant le niveau des compétitions scolaires chute de plus en plus. Si ce n’est pas à cause des moyens financiers, à quoi imputez vous cette régression ?

C’est vrai que les ASS ne sont plus démunies comme il n y’a pas longtemps. En effet, 65% des recettes restent dans les établissements. Avant la création de la FRMSS, les budgets étaient insignifiants. Actuellement, les équipements et le matériel pédagogique sont acceptables. Cependant, je ne partage pas votre avis sur la régression du niveau de compétitions. Les performances, au niveau qualitatif, de nos élèves se sont nettement améliorées. Une redéfinition du sport scolaire et de sa mission s’impose. Nul ne peut prétendre arriver à un haut niveau de performance sportive en milieu solaire. Le temps et les moyens alloués à l’EP et à l’ASS ne le permettent pas. Personnellement, nous mettons la discipline dans un continuum, qui commence par une EP de base ayant pour objectif l’acquisition des principes d’hygiène et de santé. En suite, une pratique sportive à volonté pour les élèves ayant un potentiel physique et sportif important au niveau des ASS. On suppose que l’obligation à la scolarisation fait que 90% des élèves bénéficient de cours obligatoires en EPS, la loi 06/87 le confirme : « l’EPS est une discipline d’enseignement obligatoire ». L’ASS ne peut être qu’une plate forme de détection et de prospection des talents sportifs vers le sport civil. Nous avons quand même des titres de champion du monde scolaire en demi fond depuis 06 sessions. Envisager une ligne de démarcation entre le sport scolaire et le sport civil, revient à dire que lorsque qu’il ‘agit de représenter dignement le pays, il n’est plus question de territoire, scolaire ou fédéral.

La question est de savoir que l’EP n’a ni les moyens, ni le temps de former des athlètes de haut niveau, et que toute spéculation qui attribue l’échec du sport national à l’EP scolaire, est une procédure d’ignorance. Maintenant quelles sont les mesures à tenir pour dynamiser d’avantage l’ASS sur le plan quantitatif et qualitatif ? Le travail en horaire continu peut offrir aux jeunes sportifs scolarisés l’opportunité de s’entraîner plus. L’éclairage nocturne des terrains des écoles peut aussi permettre de créer des créneaux d’entraînement supplémentaires.

 

Q12 : Quel type de relation entretenez vous avec le sport civil ?

On ne peut pas parler d’une véritable relation sans évoquer l’importance d’une vision claire. Certaines fédérations conçoivent la gestion du sport avec empirisme et amateurisme. C’est la culture du profit immédiat qui anime la relation de partenariat quand on vient solliciter la fédération du sport scolaire. Il y a absence total de stratégie et de vision intégrée pour le développement du sport fédéral. Les rôles et les attributions de chaque acteur sont ambigus. Actuellement, il n’y a pas eut de consensus politique autour de la chose sportive au Maroc. En revanche, c’est le sport civil qui devrait faire le premier pas. D’ailleurs, 90% de nos cadres animent les clubs sportifs.

Q13 : Est-ce que la fédération du sport scolaire est représentée au niveau du comité olympique National  (CNOM)?

Normalement oui, elle est représentée. Il y a un mois, nous avons assisté aux travaux de l’assemblée générale du CNOM à titre d’organisme invité.

Q14 : Nos équipes scolaires sont encadrées par des enseignants d’EPS. Leur formation a toujours été polyvalente et non spécialisante, alors que le sport scolaire a besoin de spécialistes. Avez-vous des recommandations pour les systèmes de formation ? Doivent ils revoir leur philosophie ?

L’esprit de la formation de l’enseignant d’EPS, dans les CPR ou les ENS a toujours été centré sur la polyvalence. En revanche, le système de formation du baccalauréat suivi de 04 années de formation permettait d’ajouter à la polyvalence, une à deux spécialités, couronnées par un mémoire de fin d’étude. Le but étant de concilier entre théorie et pratique. Quand à la formation des agrégés, notre souhait était de rendre cette formation plus professionnalisante, alors qu’elle est centrée, pour des raisons que je n’évoquerai pas maintenant, sur la théorie, beaucoup plus que sur la profession elle même.

Nos équipes nationales sont, quand même, encadrées par des spécialistes dans les activités physiques et sportives. Ce sont des encadrants qui se sont spécialisés à l’extérieur du système scolaire ; dans le sport fédéral. Il n’y a pas d’entraîneur formé pour le sport scolaire. Le recrutement se fait quand les enseignants changent de casquette et se transforment en entraîneur.  Parmi les idées intéressantes, on peut penser à un partenariat avec le ministère de la jeunesse et sports (!!!?) dans lequel les statuts des entraîneurs spécialistes et les équivalences peuvent être envisagés. Au Canada par exemple, les passerelles entre départements offrent un panel d’échange de compétences intéressant. Si vous êtes titulaire d’un CAPEPS, vous avez le second degré dans une spécialité déterminée. Notre projet de formation des formateurs pour la planification des projets peut avoir un effet multiplicateur intéressant. Des relais d’informations et de formations peuvent être crées et avoir un impact sur le sport scolaire de la région. 

 

Q15 : On assiste à la dévalorisation transcendante de l’EP dans les établissements. La concurrence des autres disciplines est flagrante. Certains chefs d’établissements piétinent sur les horaires. D’autres inaugurent de nouvelles constructions  sur des terrains. Qu’en pensez vous ?

C’est une réalité dure à accepter. C’est une contrainte purement conjoncturelle qui va disparaître avec le temps.

Q16 : Qu’en est il  pour l’EPS dans les établissements privés ? Fait elle partie des prérogatives de la direction ?

Ce qui est remarquable, c’est qu’une grande majorité de ces établissements ne disposent pas d’infrastructures et d’équipements appropriés. Aux yeux des investisseurs de ce secteur d’enseignement, l’EPS n’est pas rentable. Par conséquent, nous misons sur le concours de la direction responsable de l’enseignement privé pour élaborer un projet qui consiste en l’obligation d’inscrire l’EPS dans le curriculum. Le paradoxe est que l’élève formé dans le secteur privé passe un baccalauréat national dans lequel les épreuves d’EPS comptent pour la certification des résultats. Nous sommes un pays qui gère les contradictions à tous les niveaux.

Q17 : Etes vous bien entourés ?

Oui, je le suis. Les responsables au niveau des divisions et des services sont des spécialistes. Ils ont une longue expérience de terrain et d’administration. Ensemble, nous formons un groupe de travail qui fonctionne bien. Il y a un cadre de respect et de confiance mutuelle qui s’est installé dans la direction. Ceci est très important pour faire de notre institution, une institution apprenante.

Q18: Ne voyez vous pas que les professeurs agrégés peuvent être des personnes ressources pour l’administration pédagogique ?

Au contraire, nous avons fait appel aux professeurs agrégés, de part leur professionnalisme et leur niveau de qualification. Leur implication dans le processus fait partie de nos occupations. Les réticences sont d’ordre "central". Les dignitaires de ce statut, qui est d’ailleurs récent, doivent encore "bosser" pour imposer leur notoriété. Il ne faut pas attendre les opportunités, il faut les créer, les saisir et les exploiter.

Q19: Pensez vous que la formation des cadres en EPS a occasionné l’incarnation de nouveaux profils d’enseignants capables d’opérer pleinement dans la dynamique du changement et de la réussite que vous espérez ?

Quand j’étais nommé à la tête de cette direction, j’étais surpris par la bureaucratie qui a gagné beaucoup de terrain dans l’administration Marocaine. Ce qui provoque inévitablement un cloisonnement et une fermeture du système sur lui-même. La remise à niveau de la direction nous a été une priorité, en suite, la formation d’une cellule de travail composé de compétences. Le « départ volontaire des fonctionnaires de l’Etat »  a non seulement occasionné la libération du système de certains  « bras cassés », mais aussi, la perte de certaines personnes ressources. Ce qui est envisagé actuellement, c’est  d’alléger le poids de l’administration, mettre le "focus" sur un noyau de travail capable de bien gérer l’administration, et aussi sous traiter tout type de dossier nécessitant une collaboration externe. Ainsi le fonctionnement par projet suivi par une commission d’expert sera le mode de travail par sous traitement. L’administration jouera le rôle de la coordination.

 

Q20 : Actuellement, pour accéder au concours de l’ENS de Casablanca, la moyenne minimale exigée au bac est 13. Sachant bien que les sportifs scolarisés n’arrivent généralement pas à ce niveau de résultat faute de temps consacré aux études, ne voyez vous pas que le système en question disqualifie à la source les meilleurs sportifs et favorise l’émergence d’une intellectualisation de la discipline ? Que pensez vous d’un échelonnage des moyennes exigées à la présélection ?

Je dirai au départ qu’un enseignant d’EPS n’est pas forcément un athlète de haut niveau. Mais il faudrait mettre les choses dans leur contexte. Le problème qui s’est posé, c’est dans les années où le baccalauréat a été régionalisé et où j’étais justement directeur de l’ENS.EPS.CASA. La conséquence, des notes pléthoriques, les régions essayaient de se démarquer les unes par rapport aux autres. Ajoutons à cela que le MEN n’octroi que 60 places à l’ENS pour la formation initiale, pour un chiffre en pré sélection correspondant à 12583 dossiers. Les candidatures sont vérifiées, traitées et acceptées par la base de données informatisées en considération de la moyenne générale, de la note obtenue en EPS (coef 08), et de la langue arabe et de la littérature Française (coef 01 chacune). Malheureusement, dans ce grand bassin de pré sélection, plusieurs candidats avaient la note de 20 en EPS car ils ont bénéficié de la générosité de leurs enseignants. Les conséquences sont désastreuses. Plusieurs candidats ne reflétaient pas les notes présentées dans leurs dossiers et sur la base des quelles ils ont été sélectionnés. Ils étaient en deçà de la moyenne, aussi bien au niveau moteur qu’au niveau intellectuel. On traînait parfois des étudiants médiocres pendant 04 années. Il a fallu donc arrêter cette hémorragie et donner à la formation un niveau de crédibilité important. La décision prise par le conseil des formateurs et approuvé par le ministre est de lever la barre à 13 de moyenne générale et un minimum de 14 en EPS. Maintenant que les conditions d’obtention du Bac ne sont plus ce qu’elles étaient au moment où nous avons pris cette initiative, nous croyons que les critères de sélection et de pre-selection doivent être revus et adaptés aux particularités du contexte actuel et aux exigences du profil du futur enseignant d’EPS.

Oui, on peut considérer qu’un échelonnage des moyennes exigées pour les différentes branches du bac national, peut jouer un rôle important pour ne pas léser les élèves à cursus sportif tout en leur permettant de se mesurer à leurs  paires au concours de sélection.

Q21 : Quelle et à votre avis la problématique réelle  de l’EPS en milieu scolaire ?

La problématique de l’EPS à l’heure actuelle est une problématique séculaire. Elle remonte à la conception qu’on se faisait du curriculum traditionnel. La priorité est accordée aux matières qui transmettent la ou les connaissances : l’écriture, la lecture et le calcul. Par la suite le curriculum a été renforcé par l’introduction de nouvelles disciplines, qui ont donné naissance à des programmes scolaires (manuels, livrets scolaires….). En d’autres termes, c’est le dictat de la connaissance au détriment de la motricité et de l’affectivité…etc. Et cette culture a été véhiculée par l’école Marocaine traditionnelle. Par conséquent, les activités para scolaires ne pouvaient pas être incluses dans le curriculum. Maintenant que celui ci est entrain de s’ouvrir à d’autres dimensions de la formation de l’individu sur le plan psycho moteur, artistique ou affectif, les concepteurs des programmes scolaires ont du mal à se détacher de cette représentation, celle du prima du savoir intellectuel et de la connaissance, le prima de la réussite scolaire au détriment de la réussite sociale. Par conséquent, l’école est éloignée de son contexte et de son environnement. La motricité des élèves en EPS est assimilée à un jeu et une perte de temps. Les parents sont beaucoup plus intéressés aux résultats scolaires en sciences et lettres plus qu’en pratique physique et sportive. Comment voulons nous que l’EPS puisse avoir et revendiquer un droit de cité, alors qu’elle est exclue des représentations des personnes ? Toute démarche politique, institutionnelle ou pédagogique butte contre ces représentations.

C’est pour cela que nos ambitions sont multiples. Elles se concrétisent de jour en jour. Nous travaillons sur la valorisation de l’enseignant au sein du système éducatif. Le projet de la formation continue et la formation des formateurs en est un exemple vivant. Les personnes ressources qui présentent de l’excellence dans un domaine qui se rattache au sport scolaire sont encouragés. Le département de l’éducation nationale et celui de l’enseignement supérieur viennent de mette en place les 12 pôles de coordination. Nous avons réussi à faire introduire un 13ème  pôle celui de l’EP et du sport universitaire.

 

 

Un dernier mot:

Mes remerciements à vous et à l’effort déployé pour la mise en œuvre de ce travail. L’EP et le sport scolaire  ne cessent de susciter plusieurs débats dans leur implication dans le processus du développement sportif de notre pays. Il faudrait agréger les efforts de tous, sensibiliser aux enjeux et aux intérêts des pratiques physiques scolaires et du sport d’excellence. Le concours des professionnels du terrain a aussi son mot à dire dans le processus de développement stratégique. La direction de la promotion du sport scolaire n’est qu’une partie de la mission de tout un système. La réussite de tous demandera temps, moyens et investissement durable. Nous continuerons à tout faire pour redorer le blason de l’EP et du sport scolaire.


 

Entretien avec 
M. Mohamed Arkha, inspecteur principal d’EPS….. 

Réalisé par A. Masmoudi et

 

M. Ouahidi,

Agrégés en EPS

 

M.Arkha en bref :

- Diplômé de l’école des cadres d’Ain Sebâ de Casablanca en 1967
- Lauréat du Centre National d’EPS d’Alger en 1972
- Diplômé du Centre National de Formation des Formateurs en 1981
- Professeur d’EPS de 1967 à 1974
- Chargé d’inspection de 1974 à 1980
- Inspecteur de l’enseignement secondaire de 1980 à 1987
- Chargé de la coordination régionale en inspection de 1974 à 1987
- Inspecteur principal chargé de la coordination nationale de 1988 à 2003
- Entraîneur d’athlétisme durant toute sa carrière
- Directeur technique national des associations universitaire et scolaire de1972 à 1994.
- Président du jury de l’agrégation d’EPS de 1992 à 2003.

Mohamed Arkha est aussi un cadre qui a marqué son passage dans le sport civil. Il a été ainsi Directeur Technique National Régional de feue Ligue Nord-Est d’Athlétisme qui réunissait en son sein les clubs de Meknes, Fès (1972-1992). Il avait présidé au destinées du MAS « Athlétisme » et était membre de la FRMA dans les années 1980 du temps de Abderrahmane Madkouri (Président de la FRMA 1989-1992) M.Arkha faisait partie du comité d’organisation des jeux Maghrébins que le Maroc avait abrité en 1973 à Agadir. Il avait également accompagné Saïd Aouita aux Jeux Mondiaux Universitaires au Mexique en 1979 et Khalid Sekkah en 1989.

 

Préface :

Conscient de l’importance cruciale que revêt l’Education Physique et Sportive (EPS), et après avoir interviewé M.Lahcen Oubahammou, directeur de la promotion du sport scolaire au MEN, Mohamed ouahidi et Abdelmounaim Masmoudi, se sont entretenus avec Mohamed Arkha, ancien inspecteur principal d’EPS. Il s’agit d’un grand monsieur qui a marqué par sa compétence, son honnêteté et sa modestie l’EPS marocaine. Mohamed Arkha demeure sans conteste l’un des cadres qui ont marqué l’histoire de cette discipline. M.Arkha, orfèvre en matière de sport et d’EP, essaie de dessiner les contours de l’EPS marocaine d’hier à aujourd’hui. Cette discipline scolaire à part entière et entièrement à part du système éducatif marocain. Une discipline qui peine encore à prouver qu’elle ne s’adresse pas uniquement au corps mais également à l’intellect des personnes.


Comment qualifiez-vous l’évolution de l’EPS au Maroc depuis son institutionnalisation ?

 

Mohamed Arkha : En 1919, la direction générale de l’instruction publique du Maroc, soucieuse d’introduire « la gymnastique et le jeu » dans l’école, a fait appel à la Direction de l’Instruction Physique, créée la même année, qui lui a détaché des « moniteurs » pour enseigner l’EP dans les établissements scolaires. Ceci, dans l’attente de former des instituteurs et institutrices. L’évolution de l’EPS marocaine ne diffère pas trop de l’évolution de l’EPS française. Ses étapes étaient ainsi militaire (1919), éclectique (1923-1956), éducative, corrective et fonctionnelle (instructions officielles –IO- de 1957 et 64), maîtrisante et adaptative (IO de 1972), sportive (IO de 1977, 82, 91 et 2000) et enfin contribuante à l’acquisition des valeurs et au développement des compétences (charte nationale d’éducation et de formation, livre blanc et IO de l’EPS pour le tronc commun de 2005).

Dans cette évolution des textes, les objectifs n’ont pas gardé la même orientation mais les moyens sont toujours restés les Activités Physiques et Sportives (APS). Celles-ci doivent désormais être didactisées et adaptées par l’enseignant aux spécificités des finalités recherchées. Ce qui nécessite de la part de l’enseignant un effort de réflexion supplémentaire par rapport à l’animation d’une leçon ou d’une séquence d’apprentissage. Sa compétence est devenue également didactique d’où l’obligation d’une formation continue pour les anciens pour les doter des nouveaux outils de l’enseignement de l’EPS.

 

 Comment avez-vous donc vécu l’ère de la didactisation de l’EPS ?

M. Arkha : la didactisation de l’EPS a certes redonnée à notre discipline sa notoriété éducative, mais elle a également décapé la médiocrité de notre système de formation, surtout continue. Les nouveaux enseignants qui ont pu bénéficier d’une formation initiale les mettant au diapason par rapport aux nouvelles approches didactiques et pédagogiques ont pu s’épanouir professionnellement et défendre crânement le nouveau statut de l’EPS, celui d’une discipline d’éducation et d’enseignement et non d’animation et d’entraînement. Les autres, les anciens, se sont vu dépasser par un courant que personne n’a pu se donner la peine de leur expliquer. Le résultat était un clivage et des malentendus entre nouveaux et anciens, chacun défend la proéminence de sa manière d’enseigner en essayant d’efféminer celle de l’autre.

La didactisation de l’EPS est un impératif pour replacer la discipline dans son contexte éducatif, mais, et comme ça doit toujours être le cas quand il s’agit d’une réforme, des remises à niveau en terme de formation doivent suivre, voire devancer ces réformes.

 

 Le besoin en formation continue interpelle particulièrement les "inspecteurs" d’EPS. Quelles missions pour ces acteurs de la profession ? Quelle type de relations doivent ils entretenir avec les enseignants d’EPS ?

M.Arkha : la responsabilité d’un système de formation continue fiable et durable incombe avant tout à l’Etat. Officiellement, nous avons un volume horaire de 30heues par saison scolaire destiné à la formation continue des enseignants et on a libéré les mercredis après-midi  pour les consacrer à cette fin. Ces dispositions ne sont pas respectées par les acteurs concernés et aucune réaction de la part des instances dirigeantes n’est venue mettre fin à ce manque de sérieux et à cette gabegie pédagogique.

L’ "inspecteur" a également sa part de responsabilité. Certes, sa relation avec l’enseignant a évolué. D’autoritaire, elle est devenue, grâce à la diffusion des nouvelles méthodes pédagogiques socio-centristes, interpersonnelle et très souple. D’ailleurs le mot "inspection" lui-même a évolué et a été progressivement remplacé par "contrôle pédagogique", "supervision pédagogique" puis "encadrement pédagogique". Cette dernière appellation renvoie clairement à un volet important de la mission de l’"inspecteur" d’EPS ; il s’agit de la formation continue des enseignants en exercice. Rencontres, travaux pratiques sur le terrain, simulation de cas, diffusion de fascicules…sont autant de moyens pour s’approcher des enseignants et les assister dans la résolution de leurs problèmes tout en gommant l’ancienne image qui faisait de l’"inspecteur" ce distributeur de rapport et de note. Cela exige bien entendu des compétences professionnelles. Les inspecteurs doivent veiller à leur propre formation. Certains, parce qu’ils sont eux même dépassés usent de la "puissance" que leur confère la hiérarchie pour gagner du respect. Ils sont plus craints que respectés.  

Pour le bien de tous, de l’EPS et du sport scolaire, la relation entre les différents membres de la profession (enseignants, inspecteurs, agrégés, administratifs…) doit être une relation de compréhension, de complémentarité, d’acceptation de l’autre, d’amitié et de respect mutuel.

 

Restons sur l’axe relationnel ;quelles relations doivent entretenir inspecteur d’EPS et agrégé d’EPS ?     

M.Arkha : comme j’ai déjà dit plus haut, le réseau relationnel doit être bâti sur une conviction de complémentarité et d’horizontalité et non sur une disposition hiérarchique verticale. La métaphore du puzzle convient parfaitement à notre cas. Les professeurs agrégés doivent être intégrés dans les « instances régionales de recherche, d’évaluation et de promotion du sport scolaire et du sport national » (article 132 de la charte nationale d’éducation et de formation). Ils doivent être sollicités pour contribuer à la formation continue et à l’élaboration des documents pédagogiques et didactiques ainsi que les programmes et tout ce qui a rapport au sport scolaire et universitaire.

Tenant compte de leurs formations respectives et de ce que vous venez de dire, trouvez-vous normal qu’un agrégé soit évalué (inspecté) par un "inspecteur" ?

M.Arkha :ceci est un problème de statuts et de textes. Tout ceci doit être revu. Certains inspecteurs n’ont pas été formés pour des raisons conjoncturelles, ceux-ci trouvent des problèmes non seulement avec des professeurs agrégés mais avec des sortants de l’ENS ou même avec certains enseignants de premier cycle. La remise à niveau des connaissances doit s’inscrire dans la durée. Les professeurs agrégés suivent une formation de grande qualité, leurs compétences doivent être prises en bonne considération par tous ceux qui gravitent autour de la profession et surtout par les "inspecteurs".

 Vous étiez parmi les fondateurs de l’agrégation marocaine d’EPS, quelle était sa vocation ? Comment expliquez vous la présence du professeur agrégé dans les institutions où l’EPS est facultative ?

M.Arkha : l’agrégation d’EPS avait pour but de recruter des professeurs de haut niveau, possédant des qualités de réflexions sur la pratique de l’enseignement et des qualités d’adaptation leur permettant : 1) d’enseigner efficacement dans diverses structures (lycée général, préformation, CPR, ENS, CFI, centre de formation des inspecteurs, universités..), 2) d’encadrer les cycles de formations pédagogiques (formation continue), 3) d’encadrer les équipes sportives scolaires et universitaires. Ceci peut également contenir des éléments de réponses pour certaines de vos précédentes questions. En ce qui concerne la deuxième tranche de votre question, je ne peux qualifier l’affectation des agrégés d’EPS aux établissements où l’EPS est facultative (CPGE, ENS et CPR des disciplines d’enseignement dites intellectuelles…)  que d’erreurs officielles grave. C’est un énorme gâchis qu’il faut s’empresser de réparer.

Etre formateur à l’ENS ou au CPR veut dire être spécialiste. Ne voyez-vous pas que l’affectation des agrégés dans ces centres est inappropriée par rapport à leur formation qui est plutôt polyvalente et non spécialisante ?

M.Arkha :le souci de marocaniser nos formateurs justifie les affectations des agrégés dans les CPR (Taza, Fès) et l’ENS de Casa. Nous savions que nos agrégés avaient, comme je l’ai déjà dit, des qualités d’adaptation, mais franchement nous avions, à l’époque, misé sur une évolution vers des spécialisations universitaires. Nous étions sûr que l’EPS allait conquérir l’université marocaine et que nos agrégés allaient chercher l’approfondissement qu’il faut pour répondre efficacement aux exigences d’une spécialité comme la physiologie, la psychologie, les sciences humaines ou même la didactique. Rien de cela ne fut fait. Il faut donc espérer et surtout persévérer et aller frapper aux portes, notamment celles des universités. J’ai appris avec une immense joie que de nombreux agrégés ont réussi à se faire reconnaître en décrochant des inscriptions en DESA à la faculté des sciences de l’éducation à Rabat et en DESS à Oujda. Ceci ne m’a pas surpris, j’ai toujours eu confiance en notre discipline qui est pour moi le carrefour de toutes les sciences. Et tôt ou tard, les responsables ouvriront les portes de l’université à l’EPS marocaine.

L’agrégation d’EPS est un diplôme de formation de haut niveau à qui le ministère de l’éducation nationale devrait accorder une importance particulière. L’affectation des professeurs agrégés, par exemple, devrait être réalisée avec pertinence et selon un projet précis. On pourrait les utiliser pour combler temporairement un manque, mais les mettre là où ils ne peuvent pas être rentable est une mauvaise politique. 

Dans ce sens, je tiens à souligner mon regret quant à ce recul qu’a connu la coopération franco-marocaine en matière de formation des agrégés. Le stage AG1 supprimé, les effectifs échangés réduits ; ceci représente à mon sens une source d’appauvrissement de la formation des agrégés. Heureusement que le jury du concours national est toujours mixte (présence d’une délégation française compétente). Cela nous permet au moins de trouver un comparateur, une norme qui nous aide à évaluer notre propre travail. Nous n’avons jamais cherché à être comme les français mais nous avons surtout voulu nous appuyer sur leur expérience pour lancer notre agrégation sur de bonnes bases.

Revenons à l’EPS et son évolution qui l’a amené à adopter l’outil didactique pour se définir par rapport aux pratiques physiques sociales ou pratiques de références. Ce virement de cap n’a-t-il pas éloigné l’EPS marocaine de sa principale mission à travers l’histoire, celle d’être au chevet du sport fédéral ?  N’est ce pas là une explication de sa dévalorisation sociale actuelle ?

M.Arkha : ces deux secteurs doivent définir la ligne qui les démarque l’un de l’autre. L’école n’a ni les moyens ni le droit de former des athlètes. Ce type de formation a un caractère élitiste et dissuasif, alors que l’école est un lieu et un moment où chaque élève, quelque soit son niveau, a le droit de développer son répertoire moteur. C’est un lieu où est dispensée une éducation de (et par) la motricité et où l’apprenant fait la connaissance d’une facette de la culture, celle des Activités Physiques et Sportives. Ceci dit, l’EPS dispose d’un créneau où le talent peut s’exprimer, il s’agit du sport scolaire et des ASS. C’est le trait d’union entre le club et l’école. Les élèves qui ont des prédispositions particulières sont détectés à l’école et sont orientés vers des clubs pour une éventuelle perfection et spécialisation sportive. Ainsi les deux secteurs se complètent en donnant la chance à tout un chacun d’évoluer au niveau qui convient à ses aspirations et à ses possibilités. C’est ce qui doit être fait. La réalité est tout autre. Le manque flagrant des espaces sportifs scolaires et non scolaires, l’absence de l’EPS du cycle primaire et des établissements privés, la démotivation des enseignants, le piétinement des autres disciplines d’enseignement sur les vendredis et mercredis après midi consacrées initialement aux ASS sont autant de raisons qui peuvent expliquer l’état actuel de l’EPS et du sport scolaire marocains.

Ajoutons à ces raisons celle que Mme Naoual el Moutawakil avait avancé lors d’un débat télévisé sur le sport scolaire et qui  renvoie clairement à l’encadrement "sportif" au sein de l’école. D’après notre championne olympique, celle-ci doit ouvrir ses portes aux moniteurs de l’Institut My Rachid. Les enseignants, sont ils devenus incapables d’assumer leur mission sportive scolaire ?  

M.Arkha : je crois que notre championne a fait allusion aux années 70-80 où certains "moniteurs" ou éducateurs de la "jeunesse et sport" étaient délégués à quelques écoles primaires pour enseigner l’EP. C’était une excellente coopération qui n’a pas duré. Cette proposition me rappelle l’année 1919 où l’EP avait besoin de recruter des militaires pour son enseignement au primaire. Il est malheureux de remarquer qu’après un siècle ou presque, ce problème, celui de l’EP au primaire, est toujours le "cheval de bataille" des responsables actuels (L.Oubahammou, « perspective du Maghreb » n°8, décembre 2005). Espérons que cette fois-ci les cavaliers sauront trouver et opérationnaliser les bonnes solutions.

Je crois qu’il faut commencer par intégrer l’EP comme épreuve de concours pour le recrutement des instituteurs. Pour ceux qui sont déjà en exercice, il faudrait organiser des cycles de formation avec un programme ayant des axes comme le jeu, l’EP corrective et de maintien, la psychomotricité, la pratique d’une activité physique dans des espaces réduit (cours, préaux, couloirs, classes…).

Et si votre interprétation n’est pas la bonne et que Mme N. El Moutawakil parlait des établissements scolaires en général (collèges, lycées..) ?

 

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